Articles

Le fabuleux grand-père de Kits Hilaire

Kits Hilaire signe avec ce roman un très bel ouvrage sur la mémoire et le temps qui passe. Nous avons le plaisir de retrouver Barcelone et un tandem transgénérationnel comme dans Ivan, allégresse et liberté .  Nonobstant, la couleur générale diffère. Ce n’est pas la même texture, ce n'est pas le même quartier, mais il est en résonance avec Ivan comme il l'est avec le ton du Rosa Colère qui se déroule en Andalousie. L'autrice laisse libre cours à sa veine cocasse dans la mise en scène d'un grand-père rocambolesque installé chez sa petite fille bohème. C’est aussi le roman d’une vie; celle de la grand-mère disparue que le grand-père raconte. L’harmonie de leur trois histoires imbriquées nous donne une leçon d'humanisme et d'amour vrai. Kits Hilaire, Mon grand-père et moi à Barcelone , Éditions Après la Lune.

Le chant de Nina Bouraoui

Nina Bouraoui nous tient pas le bout du fil dans ce roman autobiographique où elle manie une fois encore la plume en virtuose. On suit le fil de sa mémoire, de son récit, son t émoignage d'une époque entre l'Algérie et la France conservatrice, deux sociétés qui n'acceptent pas l'homosexualité. L'écriture est fluide pour nous narrer l'enfance et l'adolescence, entre découverte des désirs, puis des plaisirs. Elle se fait plus incisive pour exprimer la honte d'abord de ressentir, puis consécutivement d'être différente. Nous sommes bercés par le rythme et les répétitions de bon aloi qui sont la marque de fabrique de l'autrice. Nina Bouraoui, Tous les hommes désirent naturellement savoir, J.-C. Lattès 2018

L'esprit de Khyentsé Rinpoché

Matthieu Ricard signe u ne biographie du maître Dilgo Khientse Rinpoche comprenant des extraits de grands textes classiques. « Khyentsé Rinpoché était un modèle pour tous les héritiers de la doctrine bouddhiste, et l'on ferait une grave erreur en se contentant d'admirer ses connaissances, sa sagesse et son accomplissement extraordinaire sans essayer de suivre son exemple et d'acquérir des qualités semblables aux siennes. Les enseignements du Bouddha peuvent apporter énormément à tous les êtres, non seulement à ceux qui y consacrent entièrement leur vie, mais également à ceux qui mènent une vie de famille. Nous tous, nous devons faire de notre mieux pour les mettre en pratique et suivre les traces des grands maîtres. » Dalaï Lama. Matthieu Ricard , L'esprit du Tibet, Comité de traduction Padmakara, Seuil.  

Le Monde en fragments de Pierre Barré

Image
"Des légions d’hirondelles tournoyaient en formations serrées et asymétriques sous un ciel écru. Quelques retardataires, becs ouverts sur une plaie muette, effleuraient de leurs ailes tendues un linoléum bleu dur qui les blessait."  Un homme, confronté à un mouvement de violence qui deviendra historique, abandonne le verbe. Tourmenté par une réalité incertaine, il tente de recomposer sa vie, mais l’espace qui l’entoure ne cesse de fuir sous son regard... Taillé dans une langue sensorielle et habitée, ce texte nous rappelle que la littérature ne se reçoit pas, mais se conquiert. Les éditions l'Atteinte sortent un premier ouvrage qui mérite bien, une fois n'est pas coutume, un visuel ici. Un monde en fragments, de Pierre Barré, est un petit livre superbement écrit, à la couverture somptueuse, qui éveille en nous de multiples échos. L'écriture est exigeante et poétique, le livre est beau et agréable au toucher. Voici une maison qui commence bien. Elle présen...

Conrad à La Pléiade

Né en Ukraine polonaise, sous domination russe, puis «adopté par le génie de la langue» anglaise, Conrad sillonne les mers durant une vingtaine d'années. Il a trente-sept ans quand paraît son premier roman. Son œuvre est impensable sans cette première vie passée à naviguer. Il s'est pourtant insurgé contre l'étiquette de «romancier de la mer» qu'on lui accolait. Ses navires sont surtout des dispositifs expérimentaux concentrant, dans un huis-clos en mouvement, les expériences humaines les plus aiguës. Fidèle au «plaisir de lire», on objecterait à bon droit que Conrad est malgré tout un romancier d'aventures. Il est vrai que ses personnages sont tantôt confrontés à des tempêtes formidables, tantôt à une «immobilité mortelle». ll leur arrive encore de trouver une mort brutale dans des contrées hostiles. Mais cela ne fait pas de l'œuvre romanesque de Conrad un divertissement épique. Si l'héroïsme y est souvent introuvable, on y rencontre en revanc...

Se souvenir de Abba Kovner et Vitka Kempner

Le Juif qui savait , de  Dina Porat, historienne en chef au  Mémorial de l'holocauste de Jérusalem et autrice de nombreux livres, est une biographie fort bien documentée sur l'écrivain et résistant Abba Kovner .  Abba Kovner lance son Appel aux armes dans le ghetto juif mis en place par les nazis à Wilno la nuit du Nouvel An 1942. Il révèle ce soir-là la trahison du Judenrat et dévoile la Solution Finale mise en place par Hitler. Il exhorte les jeunes gens et adolescents qui l'écoutent à lutter avec cette phrase célèbre: " Ne nous laissons pas mener comme des moutons à l’abattoir ! " Du couvent où il est réfugié, dont la supérieure sera déclarée Juste par l'État d'Israël, il organise la lutte avec Vitka Kempner , restée au ghetto, qui a été à l'origine du premier acte armé du groupe en 1941; faire sauter un train nazi avec une bombe artisanale. En 1943, après la liquidation finale du ghetto, les partisans sous le commandement d' Abba Kovn...

Le devoir de mémoire de Gabrielle Schaff

Dans le roman ponctué de photos de Gabrielle Schaff, ce sont deux histoires qui se déroulent dans une  Lorraine où des Algériens,  venus travailler en France dans les années 1960, prennent leur retraite solitaire dans des foyers Sanacotra.  Alfred, le grand-père de la narratrice cinéaste a été engagé de force dans la Wehrmacht et envoyé sur le front russe, Mehdi, le grand-père harki de son collaborateur Fahd, s'est caché dans la malle d'une voiture pour fuir son pays durant la guerre d'Algérie. Fahd disparaît, la narratrice mène l'enquête auprès de témoins mutiques. Elle ne se résout pas aux petits arrangements. Avec une pugnacité portée par le devoir de mémoire, elle ouvre toutes les boîtes pour exhumer événements et êtres passés inaperçus que beaucoup préfèreraient garder enfouis.   Gabrielle Schaff, Passé inaperçu . Seuil, coll. « Fiction et Cie »