Conrad à La Pléiade
Né en Ukraine
polonaise, sous domination russe, puis «adopté par le génie de la
langue» anglaise, Conrad sillonne les mers durant une vingtaine
d'années. Il a trente-sept ans quand paraît son premier roman. Son œuvre
est impensable sans cette première vie passée à naviguer. Il s'est
pourtant insurgé contre l'étiquette de «romancier de la mer» qu'on lui
accolait. Ses navires sont surtout des dispositifs expérimentaux
concentrant, dans un huis-clos en mouvement, les expériences humaines
les plus aiguës. Fidèle au «plaisir de lire», on objecterait à bon droit
que Conrad est malgré tout un romancier d'aventures. Il est vrai que
ses personnages sont tantôt confrontés à des tempêtes formidables,
tantôt à une «immobilité mortelle». ll leur arrive encore de trouver une
mort brutale dans des contrées hostiles. Mais cela ne fait pas de
l'œuvre romanesque de Conrad un divertissement épique. Si l'héroïsme y
est souvent introuvable, on y rencontre en revanche la trahison, l'enfer
des âmes folles et l'impossible rachat. Sans oublier l'absurdité de la
condition humaine.