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Affichage des articles associés au libellé romans

Ces femmes que l'on ne voit pas

Après l'œuvre dramatique, l'œuvre romanesque. Nina Bouraoui a adapté sa pièce en roman. L'exercice est plus habituel dans l'autre sens. Que de violence cachée dans le quotidien en apparence anodin d'une salariée ordinaire! L'autrice nous entraîne dans les pas de Sylvie Meyer, séparée, 53 ans, submergée par une vie qu'elle n'aime guère. On referme le livre en se demandant combien de Sylvie Meyer nous croisons chaque jour. Gageons que plusieurs dizaines. Nina Bouraoui, Otages, J.-C. Lattès.

Les mots incandescents de Asli Erdoğan

Avec ce recueil de textes. paru en Turquie en 2009, devenu roman en douze chapitres, Asli Erdoğan nous livre un récit aussi éblouissant que terrible. Il fallait une plume comme la sienne pour dire le désarroi de la perte, la mélancolie de l'absence. Son œuvre entière témoigne de cela. Elle signe avec ce roman, servi par une traduction admirable, un très bel ouvrage sur l'exil. Asli Erdoğan, Requiem pour une ville perdue, Actes Sud, 2020

Le voyage immobile de Adèle O'Longh

La voyageuse immobile est un roman de caractère fractal remarquable à plusieurs égards. Tout d'abord de par son genre épistolaire. Deux femmes échangent des mails; Elsa souffre d'une grave maladie, Gaëlle vogue sur l'océan. Tandis que la première fait une retraite bouddhiste, entre douleur et contemplation, la seconde fait le tour du monde et pratique les Arts martiaux. Voici pour la première lecture. La seconde est une mise en abîme. L'aventurière Gaëlle est écrivaine. Elle contribue à maintenir son amie sur pied en n'interrompant pas le flot de textes qu'elle lui envoie. Elle maintient le récit vivant. Tant que le fil de l'histoire se déroule, Elsa peut échapper à un destin funeste. La troisième lecture concerne le domaine spirituel. Le livre nous apprend beaucoup sur le bouddhisme et la méditation. Il s'avère un précis de résistance et un authentique manuel d'art de vivre. Tout cela n'étant en rien exhaustif, d'autres lectures restent poss...

Un voyage de trente ans

Cette surprenante histoire se déroule en parallèle de l'invasion puis de la colonisation du Tibet par la Chine. Du début des années 1950, en passant par la révolution culturelle de 59,  jusqu'aux années 80.Il s'agit d'un roman  dépaysant, dans tous les sens du terme qui nous entraîne dans les pas d'une femme qui passe 30 années à parcourir le Tibet à la recherche de son amour perdu.  La plume sobre de Xinran, inspirée d'une histoire vraie, font de ce roman une lecture agréable même si son point de vue sur les Tibétains peut être parfois artificiel. Xinran, Funérailles célestes, traduction de Maïa Bhârathî , Picquier

Toucher le ciel avec Nathacha Appanah

Le ciel par-dessus le toit nous offre un instant de grâce. C’est un travail d’orfèvre parcouru de courants puissants et émouvants à la fois. Tout est authentique et juste dans l'écriture de Nathacha Appanah, s es phrases poétiques et puissantes bouleversent intimement le lecteur.  Se baigner dans la délicatesse de cette écrivaine est un bonheur sans égal. Nathacha Appanah, l e ciel par-dessus le toit, Gallimard.

Sur un air de Tango

Que se passerait-il si le chanteur de tango argentin, Carlos Gardel , rencontrait une petite-fille de guérisseuse? Ceci est l'idée de départ de l'écrivaine qui nous entraîne dans une aventure qui ne manque point de virtuosité. Au fil des pages, nous nous laissons séduire par une galerie de personnages hauts en couleur. Le plaisir est au rendez-vous,  Mayra Santos-Febres a réussi son pari.   Mayra Santos-Febres,  La maîtresse de Carlos Gardel,  Zulma

L'Antigone de Kamila Shamsie

Adapter l’immortelle tragédie d’Antigone à des sujets comme  la radicalisation et les errances identitaires n'est pas sans risque. Dans ce roman polyphonique se déroulant principalement en Angleterre, l'autrice nous convie à pénétrer certaines convulsions de nos sociétés contemporaines. Une antigone britannique d’origine pakistanaise se débattant sur fond de sirènes extrémistes, voici qui aurait surpris Sophocle. Mais qui ne tente rien n'a rien. Kamila Shamsie, Embrasements, Actes Sud.

Les 5000 pages manquantes de Paul Auster

S'il est un vrai délice pour l'esprit, c'est bien celui de se plonger dans un nouvel Auster. On se réjouit d'autant plus lorsque le roman fait mille pages. Dans 4321, l'auteur prend un malin plaisir à nous balader comme dans un rêve éveillé. L'existence tient à fort peu de choses... Il aurait suffi d'un rien pour que nos vies s'aiguillent autrement, ainsi que nous le montre l'auteur dans des versions toujours nouvelles, propres à nous désorienter. partant d'une même histoire.  Dans ce roman d’apprentissage, nous traversons la lutte pour les droits civiques, la guerre du Vietnam, les grandes manifestations étudiantes ou l’assassinat de Kennedy. C'est avec joie que nous nous laissons entraîner dans le sillage du héros, Ferguson, vivant à New York, comme il se doit dans un roman de Paul Auster. Ses aventures nous enchantent et lorsque la dernière page du livre est tournée, nous regrettons qu'il n'y en ait pas cinq mille autres. Paul A...

La réédition de Berlin, dernière

Il est des livres qui marquent si durablement leur époque qu'ils en deviennent iconiques. C'est le cas de  Berlin, dernière , roman culte à la trajectoire que l'on connaît, dont la brièveté n'a d'égale que le tranchant littéraire. Le livre a fait entrer l'histoire particulière de jeunes artistes anticapitalistes de Berlin-Ouest dans la grande Histoire. Sorti en 1990, il est précurseur du Wenderoman. 1989 voit enfin la disparition du Mur de Berlin qui séparait deux pays antagonistes. Au beau milieu des réjouissances qui célèbrent la réunification de l'Allemagne, s'élève l'insolente voix de la toute jeune Kits Hilaire. Dans un livre-ovni qui a fort choqué l'époque, l'écrivaine proteste contre le nivellement libéral assené par la réunification allemande. Servi par une langue admirable sous son apparente simplicité et une construction qui ne l'est pas moins, son roman autobiographique est un cri d'alerte. Il dénonce la destruction du qua...

Le fabuleux grand-père de Kits Hilaire

Kits Hilaire signe avec ce roman un très bel ouvrage sur la mémoire et le temps qui passe. Nous avons le plaisir de retrouver Barcelone et un tandem transgénérationnel comme dans Ivan, allégresse et liberté .  Nonobstant, la couleur générale diffère. Ce n’est pas la même texture, ce n'est pas le même quartier, mais il est en résonance avec Ivan comme il l'est avec le ton du Rosa Colère qui se déroule en Andalousie. L'autrice laisse libre cours à sa veine cocasse dans la mise en scène d'un grand-père rocambolesque installé chez sa petite fille bohème. C’est aussi le roman d’une vie; celle de la grand-mère disparue que le grand-père raconte. L’harmonie de leur trois histoires imbriquées nous donne une leçon d'humanisme et d'amour vrai. Kits Hilaire, Mon grand-père et moi à Barcelone , Éditions Après la Lune.

Le chant de Nina Bouraoui

Nina Bouraoui nous tient pas le bout du fil dans ce roman autobiographique où elle manie une fois encore la plume en virtuose. On suit le fil de sa mémoire, de son récit, son t émoignage d'une époque entre l'Algérie et la France conservatrice, deux sociétés qui n'acceptent pas l'homosexualité. L'écriture est fluide pour nous narrer l'enfance et l'adolescence, entre découverte des désirs, puis des plaisirs. Elle se fait plus incisive pour exprimer la honte d'abord de ressentir, puis consécutivement d'être différente. Nous sommes bercés par le rythme et les répétitions de bon aloi qui sont la marque de fabrique de l'autrice. Nina Bouraoui, Tous les hommes désirent naturellement savoir, J.-C. Lattès 2018

Le Monde en fragments de Pierre Barré

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"Des légions d’hirondelles tournoyaient en formations serrées et asymétriques sous un ciel écru. Quelques retardataires, becs ouverts sur une plaie muette, effleuraient de leurs ailes tendues un linoléum bleu dur qui les blessait."  Un homme, confronté à un mouvement de violence qui deviendra historique, abandonne le verbe. Tourmenté par une réalité incertaine, il tente de recomposer sa vie, mais l’espace qui l’entoure ne cesse de fuir sous son regard... Taillé dans une langue sensorielle et habitée, ce texte nous rappelle que la littérature ne se reçoit pas, mais se conquiert. Les éditions l'Atteinte sortent un premier ouvrage qui mérite bien, une fois n'est pas coutume, un visuel ici. Un monde en fragments, de Pierre Barré, est un petit livre superbement écrit, à la couverture somptueuse, qui éveille en nous de multiples échos. L'écriture est exigeante et poétique, le livre est beau et agréable au toucher. Voici une maison qui commence bien. Elle présen...

Le devoir de mémoire de Gabrielle Schaff

Dans le roman ponctué de photos de Gabrielle Schaff, ce sont deux histoires qui se déroulent dans une  Lorraine où des Algériens,  venus travailler en France dans les années 1960, prennent leur retraite solitaire dans des foyers Sanacotra.  Alfred, le grand-père de la narratrice cinéaste a été engagé de force dans la Wehrmacht et envoyé sur le front russe, Mehdi, le grand-père harki de son collaborateur Fahd, s'est caché dans la malle d'une voiture pour fuir son pays durant la guerre d'Algérie. Fahd disparaît, la narratrice mène l'enquête auprès de témoins mutiques. Elle ne se résout pas aux petits arrangements. Avec une pugnacité portée par le devoir de mémoire, elle ouvre toutes les boîtes pour exhumer événements et êtres passés inaperçus que beaucoup préfèreraient garder enfouis.   Gabrielle Schaff, Passé inaperçu . Seuil, coll. « Fiction et Cie »  

Comprendre la séparation

Lire l'histoire d'une séparation est toujours riche de sens. Lorsque celle-ci est écrite par la plume alerte de Nina Bouraoui, cela devient un bonheur paradoxal. Le livre nous entraîne dans les méandres de souffrance et les atermoiement d'une femme quittée qui cherche à s'expliquer la fin de son couple. Cela est-il possible pour qui reste sur le quai? Le roman à la mélancolie farouche nous entraîne dans une introspection universelle.   Nina Bouraoui , Beaux Rivages, J.-C. Lattès, 2017

L'ode à la liberté de Kits Hilaire

S'il est une écrivaine éprise de liberté, c'est bien la trop rare Kits Hilaire; son œuvre témoigne de son esprit indomptable et de sa recherche d'espaces où vivre libre. Dans ses premiers ouvrages, l'écrivaine a souvent décliné la perte de cette liberté tant aimée. Elle fait l'inverse dans Ivan, allégresse et liberté , roman au titre aussi évocateur que mystérieux; voici qu'elle combine la liberté et l'allégresse. On ne l'attendait pas dans ce registre. Est-ce parce que le texte est écrit à la troisième personne du singulier, introduisant ainsi une distance qui tranche avec le style de ses précédents livres? Quelle que soit la réponse, Kits Hilaire fait un grand retour avec ce superbe roman. Kits Hilaire, Ivan, allégresse et liberté, éditions Après la Lune.

Le Mexique d’Olivier Rolin

Lire des récits dans les récits est chose délectable. Olivier Rolin s'adonne à cet exercice parmis d'autres figures de style dans son court roman. Dans Veracruz , nous retournons au Mexique de L'invention du monde , un pays violent et haut en couleur. La plume d’Olivier Rolin, changeant de cadre et de forme, plonge ici dans le plus noir des encriers. Olivier Rolin, Veracruz . Verdier

Les enfants perdus de Mayotte

C'est une fort belle prose que nous livre à nouveau Nathacha Appanah dans ce magnifique roman choral . Il fallait bien une écriture comme la sienne pour nous faire accepter le lot de défaites et de violences qui jalonnent le livre. Tout est juste et mesuré dans ces pages. Chaque mot est à sa place et le terrible chaos auquel sont confrontés les personnages s'articule dans un texte souverain. Nathacha Appanah, Tropique de la violence. Gallimard

La douceur de Paul Yoon

Que de douceur et de réserve dans ce très beau texte de Paul Yoon. La description des scènes quotidiennes de vies cassées nous confronte aux diverses manières d'être emporté par la guerre. De l'enfant au soldat, puis au transfuge, puis à l'être errant, l'auteur nous emmène dans sa prose délicate, fort bien traduite de l’anglais par Marina Boraso, tout en douceur. Paul Yoon, Chasseurs de neige. Albin Michel